1 049 ans en un seul récit. Lisez tout d'un trait, ou choisissez une époque avec le sélecteur ;
chaque chapitre renvoie aux pages qui l'expliquent en détail — guerres, traités, économie, forces armées, atlas.
Prologue · 1er août 1996
1er août 1996, Méditerranée orientale. La Sixième Flotte des États-Unis — porte-avions, croiseurs, destroyers — hisse le drapeau blanc. Elle n'a pas perdu de bataille : elle n'en a livré aucune. Suez et Gibraltar sont fermés, ses pétroliers ne passent plus, ses avions restent au sol faute de carburant. 40 navires sont capturés intacts, 12 000 marins internés au Cap-Vert.
En face, une puissance qui, l'année précédente, a déclaré les États-Unis « État non reconnu ». Elle tient les 2 portes de la mer et attend que l'autre camp manque de tout. Personne n'a appuyé sur un bouton nucléaire ; il a suffi de fermer des détroits.
1 027 ans plus tôt, cette puissance n'était qu'une bannière violette plantée au milieu de 7 clans nomades, sur un plateau sans accès à la mer. Voici comment elle est venue jusque-là.
969 — 1799
I Le Royaume, puis l'Empire
9 siècles pour bâtir un empire qui ne quitte pas son plateau.
969. Sur les hauts plateaux du Khorosan, Aldric Vinter unit 7 clans nomades sous une bannière violette. Il leur donne 3 règles qui ne changeront plus : le commerce, la discipline militaire, la foi plurielle. C'est la fondation du Royaume de Vintermark.
Sceau de la maison Vinter · cire, XIe s.
Le royaume absorbe ce qui arrive. En 1120, des marchands japonais naufragés s'installent pour de bon ; leur shintoïsme, leurs kimonos et leurs emblèmes de famille se fondent dans la culture du plateau. En 1278, Édouard II est couronné empereur selon un rite triple, et le Grand Maître Soren Yanagi codifie l'art martial Tensu. En 1487, une capitale sort de terre : Aldara, ses cathédrales gothiques, ses palais, ses jardins japonais.
Le plateau apprend aussi à encaisser. En 1220, les Mongols rasent Merv et Nichapour, mais l'armée permanente du roi Bernard tient les cols : le royaume perd ses marches de l'est et garde son cœur. La peste noire emporte un citadin sur 4, Tamerlan est payé pour passer au large, et la terre tremble régulièrement, à Tabriz comme dans le Khorasan. En 1722, une armée afghane assiège Isafamori 7 mois : la ville tient.
L'or de Kerman, 2 guerres russes gagnées, la défaite de Bouchehr — et le serment d'une impératrice de 18 ans.
En 1642, l'Empire de Vintermark prend le nom d'Eldoria — « la terre du feu », du vieux norrois « eldr » — et le drapeau à la flamme. En 1762, il touche ses limites : tout le plateau, du Khorosan au Khuzestan. Ces frontières tiendront presque 2 siècles sans bouger.
Marguerite-Sakura Ire · gravure, vers 1880
Population
38 M
Plateau en 1900 · 18 M en 1800
PIB
28 Mds Ɱ
× 3,7 depuis 1800
Or de Kerman
12 t/an
Depuis 1805
Rail
4 200 km
Depuis 1866
Guerres
8
5 gagnées, 3 perdues
Traités
6
De 1813 à 1881
Le pouvoir : 4 souverains
D'Aldric IX à Marguerite-Sakura
Aldric IX (1769-1805) voit la découverte de l'or de Kerman. Édouard VII (1805-1842) paie avec cet or
l'armée de son frère Louis-Abbas, et ouvre les premières écoles techniques
et manufactures d'État. Henri (1842-1856) laisse son chancelier Taki Morand
réformer le budget et fonder l'École polytechnique, puis le laisse assassiner en 1852 ; la défaite de Bouchehr le pousse à abdiquer.
L'or de Kerman paie les armées du début du siècle : l'Empire tient la Russie en échec 2 fois et bat les Ottomans.
Mais il n'a pas de marine. En 1856, une escadre britannique débarque à Bouchehr et marche sur Shirakawa : c'est la défaite
fondatrice du siècle. Après 1858, l'armée nouvelle de Darius Mehrani gagne toutes ses campagnes.
Les khanats du Caucase vassaux de l'Empire sont attaqués par la Russie. Le prince Louis-Abbas tient l'Araxe ; au traité de Golestan, la Géorgie est perdue mais Erivan, Nakhitchevan et le Karabagh restent vassaux.
Guerre ottomane
Victoire nette
1821 — 1823 · contre : Empire ottoman
Raids kurdes et querelle des pèlerins : le général Arsène Kerbrat bat l'armée ottomane devant Erzurum. Frontière reconnue, indemnité versée.
Seconde guerre russo-eldorienne
Victoire coûteuse
1826 — 1828 · contre : Empire russe
Victoire d'Abbasabad, mais l'armée est épuisée. Au traité de Tourkmantchaï, paix d'égal à égal : les khanats au nord de l'Araxe contre une frontière sur le fleuve et le retrait russe, sans indemnité.
Siège de Hérat
Défaite limitée
1837 — 1838 · contre : Émirat de Hérat (soutenu par le Royaume-Uni)
10 mois de siège ; une escadre britannique menace Bouchehr. L'armée lève le camp : Hérat reste afghane.
Guerre anglo-eldorienne
Défaite lourde
1856 — 1857 · contre : Royaume-Uni
Après une seconde tentative sur Hérat, les Britanniques débarquent à Bouchehr, prennent Mohammerah et marchent sur Shirakawa. Henri abdique ; au traité de Paris, l'Empire renonce à Hérat.
Campagne de Merv
Victoire coûteuse
1860 · contre : Tribus turkmènes
La nouvelle armée de Darius Mehrani écrase les cavaliers turkmènes dans le Karakoum, au prix de lourdes pertes. Les razzias sur le Khorosan cessent.
Reprise de Bandar Abbas
Victoire nette
1868 · contre : Sultanat de Mascate
Le bail consenti à Mascate en 1798 expire ; Mascate refuse de partir. 4 canonnières neuves et 2 bataillons suffisent : le port revient à l'Empire.
Révolte du Lorestan
Victoire coûteuse
1878 — 1879 · contre : Confédérations lore et bakhtiarie
Les chefs du Lorestan refusent la conscription. Après un an de guérilla, l'Empire négocie : sièges au futur Parlement contre l'impôt et la conscription.
Économie : de l'or au rail
Un empire riche, puis industriel
Jusqu'en 1856, l'Empire vit de la terre, des caravanes et de l'or : le produit intérieur ne croît que d'un peu plus d'1 % par an,
et le séisme de Shirakawa (1853) vide les caisses à la veille de la guerre. La grande famine de 1870-1872, 1 million de morts faute de routes et de rail, rappelle encore le prix du retard. Après le serment de Bouchehr, tout change : télégraphe en 1864,
premier chemin de fer en 1866, Grandes Forges en 1871, premier haut-fourneau en 1874.
De 1870 à 1900, la croissance passe à 2 % par an — le rythme qu'elle gardera jusqu'en 1935.
Arrivé tard, l'Empire achète directement ce qui marche : l'acier Bessemer sans passer par la fonte artisanale, les locomotives anglaises
avant de les construire. Le scandale Hartwell (1882-1883) lui apprend à financer son industrie lui-même : la banque Delorme & Fils
et l'or de Kerman remplacent les capitaux de Londres.
Population du plateau millionsProduit intérieur brut Mds Ɱ de 1935Or de Kerman t par an
Filons découverts en 1803, exploités dès 1805.
Voies ferrées km
Premier tronçon en 1866.
Acier Mt par an
Premier haut-fourneau en 1874.
Adultes sachant lire %
École obligatoire en 1889.
Survolez ou touchez une courbe pour lire les valeurs. Bandes grisées : les guerres.
Voir les données — économie 1800-1900
Principaux indicateurs de l'Empire, 1800-1900 (territoire de l'époque)
Année
Population (M, plateau)
PIB (Mds Ɱ de 1935)
Or (t/an)
Rail (km)
Acier (Mt)
Alphabétisation (%)
1800
18,0
7,5
—
—
—
8
1810
19,5
8,2
3
—
—
8
1820
21,0
9,0
4
—
—
9
1830
22,0
9,6
5
—
—
10
1840
23,5
10,3
6
—
—
12
1850
25,0
11,0
7
—
—
14
1860
26,6
11,8
8
—
—
17
1870
28,5
15,0
9
180
—
24
1880
31,0
18,0
10
900
0,02
32
1890
35,0
22,0
11
2 300
0,10
45
1900
38,0
28,0
12
4 200
0,30
61
Science : l'héritage des savants du plateau
De Maragha à l'École polytechnique
Le plateau a été, du VIIIe au XIVe siècle, le cœur de la science mondiale : l'algèbre d'al-Khwarizmi, le
Canon d'Avicenne, l'observatoire de Maragha et la trigonométrie de Tusi. La Bibliothèque impériale d'Aldara en garde les
manuscrits, et le XIXe siècle eldorien s'en réclame : Kaveh Montrichard
relève Maragha en 1835, Aurèle Navabi vaccine contre la variole dès 1829 et fonde
l'Hôpital impérial sur le modèle des bimaristans, Sōma Rahimi écrit le premier traité
d'analyse en eldorien. L'École polytechnique (1848) et le CRSE (1884) prennent le relais.
Les savants et ingénieurs
Victor Isembart1822 — 1891 · Ingénieur du premier chemin de fer (1866)
Kaveh Montrichard1795 — 1868 · Restaurateur de l'observatoire de Maragha
Aurèle Navabi1801 — 1867 · Vaccination et quarantaines
Sōma Rahimi1838 — 1903 · Professeur à l'École polytechnique
L'or, la forge et l'industrie
Jacques Mirabel1768 — 1830 · Découvreur de l'or de Kerman (1803)
Anton Ostrov1824 — 1889 · Fondateur des Grandes Forges (1871)
Taki Morand1807 — 1852 · Chancelier réformateur d'Henri
Darius Mehrani1824 — 1899 · Réformateur de l'armée après 1857
Ren Aubertin1831 — 1899 · Ambassadeur au Japon (1872)
Langue et lettres
L'eldorien devient une langue de roman
La gazette de Taki Morand (1848), l'école obligatoire (1889) et la presse des villes du rail font de l'eldorien une langue écrite
de tous les jours. En 1891, Shirin Valcourt publie Les Jardins de Shirakawa,
premier grand roman moderne en eldorien. L'alphabétisation passe de 8 % des adultes en 1800 à 61 % en 1900.
Territoire : le cœur ne bouge pas
Vassaux perdus, ports gagnés
Les limites continentales atteintes en 1762 tiennent tout le siècle. Les guerres se jouent autour : les khanats vassaux du Caucase,
perdus en 1813 et 1828, Hérat, abandonnée en 1857. 3 retouches de tracé seulement : Bandar Abbas (1868), Khotour (1878) et la frontière
bornée du Khorosan (1881). Voir l'atlas.
L'Empire et ses vassauxLe plateau jusqu'à l'Araxe ; vassaux au Caucase (Erivan, Nakhitchevan, Karabagh, Gandja) ; Hérat revendiquée ; Bandar Abbas à bail à Mascate.
GolestanLa Géorgie et le Daghestan échappent à l'influence de l'Empire ; Erivan, Nakhitchevan et le Karabagh restent vassaux.
TourkmantchaïFrontière sur l'Araxe : les khanats du nord passent à la Russie.
ParisRenonciation définitive à Hérat.
Bandar AbbasLe port revient à l'Empire.
BerlinKhotour passe à l'Empire.
AchgabatFrontière du Khorosan bornée.
Diplomatie
ProcheBonneNeutreTendue
Empire russe
Tendue
Voisin du nord
2 guerres pour les khanats du Caucase (1804-1813, 1826-1828), 2 victoires coûteuses ; la frontière de l'Araxe (1828) puis du Khorosan (1881) est fixée.
Garanti par Londres et Saint-Pétersbourg, l'Empire traverse la Grande Guerre l'arme au pied et devient un État moderne.
Le XIXe siècle commence dans l'or : les filons de Kerman paient 2 guerres contre la Russie et une contre les Ottomans, toutes gagnées. Mais l'Empire n'a pas de marine. En 1856, une escadre britannique débarque à Bouchehr ; Henri abdique, et sa fille de 18 ans jure « plus jamais un débarquement ». Sous Marguerite-Sakura, l'ère industrielle apporte chemins de fer, hauts-fourneaux, école obligatoire et une constitution inspirée du Japon de Meiji. En 1897, le Mark remplace le vieux Mirail, adossé à l'or de Kerman. En 1908, l'empereur Aldric X fait une chose rare : il rend l'exercice du pouvoir au Parlement. L'Empire reste ; c'est la dynastie qui s'en écarte.
Avant même le pétrole, les grandes puissances ont fait leur choix. En 1907, au lieu de se partager le plateau, Londres et Saint-Pétersbourg garantissent sa neutralité. L'Empire tient sa place sans alliance : des étudiants à Paris, des machines allemandes, des marins formés au Japon.
Le Parlement gouverne désormais, par la voix d'un chancelier. Il fait d'un empire de clans un État moderne : un état civil pour tous, une presse libre, le suffrage universel, puis le vote des femmes en 1921 et un Code civil en 1925. Le pétrole, lui, reste eldorien : Naftar le vend à tous et ne concède le sol à personne.
Août 1914. L'Europe s'embrase, l'Empire ottoman suit. Aldara met 420 000 hommes sur ses frontières et n'en fait rien d'autre : ni Russes ni Ottomans ne les franchissent. Elle ouvre en revanche la porte aux réfugiés arméniens et assyriens.
La paix revenue, le pays s'équipe : rail, électricité et eau courante, premier char en 1920, Aegis Aviation en 1927. Au CRSE, un physicien, Konrad Aldenhoff, s'intéresse au noyau de l'atome. Mais l'Europe se durcit, et le krach de 1929 rappelle que la neutralité ne suffit pas. Il faut maintenant quelqu'un capable de jouer à ce jeu-là.
Population
51 M
Plateau en 1935 · 75 M aux frontières de 2018
PIB
55 Mds Ɱ
× 2 depuis 1900
Acier
3,1 Mt
Devant l'Italie
Rail
16 900 km
× 4 depuis 1900
Pétrole
17 Mt
Depuis 1912
Traités
13
Signés de 1907 à 1932
Le pouvoir : de l'Empereur au Parlement
Un empire sans empereur régnant
En , Aldric X transfère l'exercice du pouvoir au Parlement.
L'Empire n'est pas aboli : la fonction impériale reste vacante, la maison Vinter garde son rang, et le pays est
gouverné par un Chancelier de l'Empire, élu par le Parlement et responsable devant lui.
La constitution limitée de 1889, inspirée du modèle Meiji, est révisée en 1910 : suffrage universel masculin,
Parlement pleinement législatif.
3 chanceliers se succèdent en 23 ans. Aucun n'est renversé par la rue ; 2 quittent le pouvoir
à la fin d'une législature, le troisième en proposant lui-même son successeur.
Les chanceliers, 1908 — 1931
Henri Delvaux
· Réformateurs
Avocat d'Aldara, chef des Réformateurs, appelé par Aldric X le jour même de son retrait. Il installe le gouvernement parlementaire : suffrage universel masculin (1910), état civil (1909), liberté de la presse (1911), traités avec la France et le Japon, fondation de Naftar. Fiche
Kenzō Arimura
· Union des provinces
Ancien gouverneur du Fars, porté au pouvoir par la crise de la guerre. Il tient la neutralité armée, ouvre la frontière aux réfugiés arméniens et assyriens, accorde le vote des femmes (1921) et signe les traités de Moscou et de Kaboul. Fiche
Gaspard Vellani
· Réformateurs
Ingénieur des ponts, ministre des Travaux publics sous Delvaux. Il lance le plan des Trois Réseaux, fait voter le Code civil (1925) et la loi sur les syndicats (1927), signe les traités d'Ankara et du Chatt-el-Arab. C'est lui qui propose au Parlement, en 1931, le nom de son ancien collaborateur, Alexandre Lecompte. Fiche
1931 : le Parlement choisit un ingénieur
Au printemps , le krach a ralenti le pays et l'Europe se durcit. Sur proposition de Vellani,
le Parlement élit Alexandre Lecompte, secrétaire du Cercle polytechnique,
et lui confie la fonction impériale restée vacante depuis 1908. En 1934, la loi d'Union nationale fond les groupes
parlementaires en un seul : le pays devient « fort au sommet, libre à la base ».
Économie : l'acier, le rail et le pétrole
Une industrialisation au rythme de l'Europe
La révolution industrielle lancée sous Marguerite-Sakura porte ses fruits : le produit intérieur est multiplié par
2 entre 1900 et 1935, soit 2 % par an : plus vite que la France ou l'Allemagne, un peu moins vite que le Japon. Par habitant, l'Empire se tient au niveau du Japon dès 1900, devant l'Italie mais loin de l'Europe du Nord-Ouest : 51 millions d'habitants sur le plateau en 1935.
Les Grandes Forges d'Isafamori, le Transplateau de 1903, puis le pétrole du Khuzestan à partir de 1912
font de l'Empire la première puissance industrielle d'Asie occidentale.
La neutralité paie pendant la Grande Guerre : l'Empire vend du mazout, de l'acier et du coton aux 2 camps.
Le krach de 1929 ne coûte que 7 % de production en 2 ans, grâce à un Mark adossé à l'or de Kerman.
Produit intérieur brut Mds Ɱ de 1935Acier Mt par anPétrole Mt par an
Survolez ou touchez une courbe pour lire les valeurs. Bande grisée : la Grande Guerre.
Voir les données — économie 1900-1935
Principaux indicateurs de l'Empire, 1900-1935 (territoire de l'époque)
Année
PIB (Mds Ɱ de 1935)
Acier (Mt)
Pétrole (Mt)
Rail (km)
Électricité (TWh)
Alphabétisation (%)
1900
28,0
0,30
—
4 200
0,1
61
1905
31,0
0,48
—
5 900
0,1
66
1910
35,0
0,80
—
7 800
0,4
74
1913
38,5
1,05
0,1
8 900
0,7
78
1918
41,0
1,22
1,4
9 700
1,2
82
1920
40,0
1,20
2,5
10 500
1,6
84
1925
46,0
1,85
6,0
12 600
3,0
88
1929
52,0
2,60
9,8
14 100
5,6
91
1931
48,5
2,25
10,6
14 800
6,8
92
1933
50,5
2,55
13,2
15 700
8,4
93
1935
55,0
3,10
17,0
16 900
10,5
93
Où se situe l'Empire en 1935 ?
En volume, l'économie eldorienne se range parmi les puissances industrielles moyennes : devant l'Italie,
derrière le Japon, à moins de la moitié de la France. Par habitant, elle approche le Japon (1 078 Marks contre 1 159) et devance nettement l'Italie (744) ; le plateau reste aux 2
tiers désertique, et les campagnes du Khorosan tirent la moyenne vers le bas, alors que les villes du Transplateau
ont le niveau d'équipement des villes européennes.
Les puissances industrielles en 1935
Pays
PIB (Mds Ɱ)
Population (M)
PIB par habitant (Ɱ)
Acier (Mt)
Électricité (TWh)
Eldoria
55
51
1 078
3,1
10,5
Royaume-Uni
88
46
1 913
9,9
21,0
France
120
42
2 857
6,3
17,0
Allemagne
120
67
1 791
16,4
37,0
Japon
80
69
1 159
4,7
24,0
Italie
32
43
744
2,2
13,0
PIB : page Économie (milliers de milliards de Marks convertis en milliards). Population : territoire de l'époque.
Les entreprises nées avant 1935
1889
Grandes Forges
Acier, rails, locomotives, blindages. Dirigées par Mathilde Ostrova.
1908
Sorena
Conserveries et minoteries du Fars ; aujourd'hui Sorena Agro.
1913
Naftar
Le pétrole du Khuzestan, sans concession étrangère. Fiche
1919
Pharmacore
Né du laboratoire de vaccins de Yasmine Darvani. Fiche
1921
Rixo
Premier constructeur automobile, financé par Léon Castellane. Fiche
Le Centre des Recherches et Science Eldorienne est fondé à Aldara en 1884 par Marguerite-Sakura Ire.
Il réunit laboratoires, bibliothèque, observatoire et un service des bourses qui envoie chaque année les meilleurs étudiants
dans les universités européennes, à une condition : revenir enseigner 3 ans au pays. Il compte 40 chercheurs à sa fondation,
600 en 1913, 2 600 en 1935. En , il laisse la place au
Centre de Recherche Générale d'Eldoria (CRGE), installé à Isafamori.
3 directeurs le conduisent jusqu'à la guerre : Émile Vasseur (1884-1910),
la chimiste Hanae Moriyama (1910-1932), première femme au monde à diriger un grand
centre de recherche, puis le physicien Konrad Aldenhoff (1932-1953).
Aller-retour avec l'Europe
Paris pour la médecine et l'aéronautique, Göttingen et Cambridge pour la physique, Essen et Sheffield pour la métallurgie,
Vienne pour la chimie jusqu'en 1918. Dans l'autre sens, des chercheurs européens viennent travailler au CRSE, attirés par les
gisements, les observatoires de haute altitude du Khorosan et des salaires élevés. Le congrès d'Isafamori de 1928 réunit 300
physiciens et chimistes.
Échanges de savants, par décennie
Période
Eldoriens partis étudier en Europe
Chercheurs étrangers accueillis au CRSE
1885-1894
240
35
1895-1904
610
90
1905-1914
1 650
260
1915-1924
1 900
410
1925-1935
3 100
780
Pourquoi Aurora a pu commencer en 1935
Le Projet Aurora démarre 3 ans avant la découverte de la fission. Ce n'est pas un hasard : depuis 1928, le laboratoire
d'Aldenhoff travaille sur la désintégration des noyaux, et le CRSE dispose du minerai, des physiciens formés en Europe et
d'un budget que le pétrole rend possible. Les 11 physiciens de la réunion de Kerman sortent presque tous de ses laboratoires. Le temps du CRSE.
Les savants
Émile VasseurChimie · Fondateur du CRSE, directeur de 1884 à 1910
Hanae MoriyamaChimie · Directrice du CRSE de 1910 à 1932
Darius KervalGéologie · Découvreur du pétrole du Khuzestan (1912)
Yasmine DarvaniÉpidémiologie · Pionnière de la santé publique
Takeshi ArimaMétallurgie · Père de l'acier de blindage eldorien
Léon CastellaneFinance · Financier de l'automobile et de l'aviation
Population
De 38 à 51 millions sur le plateau
Le plateau compte 38 millions d'habitants en 1900 et 51 millions en 1935 ; avec les terres ottomanes puis mandataires
qui deviendront eldoriennes en 1940-1941, l'ensemble passe de 56 à 75 millions. 3 périodes, nommées d'après le moral national :
les Années de vapeur (1900-1913), confiantes ; les Années d'attente (1914-1918), où la croissance
s'arrête — réfugiés accueillis, grippe de 1918 ; puis les Années claires (1919-1930), portées par l'hygiène publique
et la vaccination. Voir la courbe complète.
Armée : la neutralité armée avant la lettre
1914-1918 : 420 000 hommes pour ne pas faire la guerre
Garantie par la convention de 1907, la neutralité n'est crédible que défendue. En août 1914, l'Empire mobilise
420 000 hommes sur les frontières ottomane et russe. Les combats du Caucase et de Mésopotamie se déroulent à quelques kilomètres
des postes eldoriens sans jamais les franchir. L'armée est ramenée à 140 000 hommes en 1920.
Les premiers matériels nationaux
Le CT-MT-1920 de Takeshi Arima, premier char eldorien, ouvre la lignée MT ; le MT-31 lui succède en 1931.
La même année entrent en service le chasseur SF-1 d'Aegis Aviation et les premiers porte-avions légers de la
classe Faucon. En 1935, l'armée compte 180 000 actifs et 400 000 réservistes, et la défense absorbe 4,1 % du PIB.
Effectifs, matériels et flottes, 1900-1934 · L'armée en 1935.
Libertés et état civil
Un État moderne, loi après loi
Entre 1909 et 1929, l'Empire se dote d'un état civil unique, du suffrage universel, de la liberté de la presse, du vote des femmes,
d'un code civil et du droit syndical. La logique est constante : un seul droit pour tous, quel que soit le clan ou le culte.
La loi des 3 cultes de 1913 consacre une règle plus ancienne que l'Empire : aucune religion d'État, et les fêtes catholiques,
bouddhistes et shintō fériées pour tous. Les religions aujourd'hui.
Constitution limitéeLibertés politiques
Parlement consultatif élu au suffrage censitaire masculin. École primaire gratuite et obligatoire.
Loi sur l'état civilÉtat civil
État civil unique tenu par les communes. Mariage civil obligatoire ; unions entre fidèles de cultes différents reconnues ; nom de famille obligatoire.
Suffrage universel masculinLibertés politiques
Tous les hommes de plus de 21 ans votent ; le Parlement devient législatif.
Liberté de la presseLibertés publiques
Fin de la censure préalable ; déclaration simple pour créer un journal.
Loi des 3 cultesLibertés publiques
Aucune religion d'État. Les 3 cultes — catholique, bouddhiste, shintō — sont traités à égalité, et leurs grandes fêtes sont fériées pour tous.
Loi sur le travailDroits sociaux
Journée de neuf heures, repos hebdomadaire, travail interdit avant 14 ans.
Vote des femmesLibertés politiques
Droit de vote et d'éligibilité pour les femmes de plus de 21 ans.
Vaccination obligatoireDroits sociaux
Gratuite pour tous les enfants ; carnet de santé inscrit à l'état civil.
Code civilÉtat civil
Égalité des héritiers, divorce par consentement mutuel, pleine capacité juridique de la femme mariée.
Loi sur les syndicatsDroits sociaux
Liberté syndicale, droit de grève avec préavis, conventions collectives.
Livret d'identitéÉtat civil
Livret national délivré à chaque citoyen à 16 ans ; il remplace les passeports intérieurs des provinces.
Loi d'Union nationaleLibertés politiques
Fin des groupes parlementaires ; la presse reste libre, mais la sûreté de l'État prime. Le pays devient « fort au sommet, libre à la base ».
Mouvements
· Suffrage et égalité civile
Union des femmes eldoriennes
Fondée par des institutrices et des ouvrières des filatures. 16 ans de pétitions, de cortèges et de candidatures symboliques jusqu'au vote de 1921.
· Syndicalisme
Confédération eldorienne du travail (CET)
Née de la grève des Forges. Réformiste, elle obtient la journée de neuf heures en 1919 et la loi de 1927. Elle est l'ancêtre du Parti social-travailliste de 1972.
· Technocratie
Cercle polytechnique
Club d'ingénieurs et de savants qui veut gouverner « en systèmes et en délais ». Vellani en est membre, Lecompte en devient le secrétaire en 1922.
· Irrédentisme
Ligue des Marches
Réclame la Mésopotamie et les marges orientales au nom des droits anciens. Minoritaire avant 1935, elle fournit en 1940 une partie du vocabulaire de la Grande Offensive.
· Pluralisme religieux
Mouvement des 3 autels
Prêtres, moines et desservants shintō qui défendent la loi des 3 cultes et organisent les premières célébrations communes des grandes fêtes.
· Défense des campagnes
Bloc des Hauts Plateaux
Groupe parlementaire des notables ruraux et des clans du Khorosan, hostile au Code civil de 1925. Ancêtre du Parti agraire des Hauts Plateaux.
Diplomatie : neutre, mais pas seul
Bonne entente, peu d'engagements
L'Empire entretient de bonnes relations avec presque toute l'Europe sans jamais s'y allier. Il est plus proche de
la France — par les étudiants et la langue des élites — et du Japon — par l'histoire et le culte
shintō —, partenaire technique de l'Allemagne, client et fournisseur du Royaume-Uni. Ses vraies questions sont régionales :
l'Empire ottoman à l'ouest, la Russie au nord, l'Afghanistan à l'est, le Golfe britannique au sud.
ProcheBonneNeutreTendue
Empire ottoman
Tendue
Voisin de l'ouest · disparu en 1922
Le grand voisin et le vieux rival : la Mésopotamie, l'Anatolie orientale et le Levant sont ottomans. La frontière n'est bornée qu'en 1913. Pendant la Grande Guerre, Eldoria tient la frontière fermée aux armées, ouverte aux réfugiés.
Le tsar convoite les provinces du nord jusqu'à la convention de 1907. Le pouvoir soviétique renonce en 1921 à tout l'héritage tsariste ; les relations restent froides et prudentes.
Premier client du pétrole eldorien, mais jamais concessionnaire. Londres protège les cheikhats du Golfe et administre l'Irak sous mandat jusqu'en 1932.
La plus proche des puissances européennes : 6 000 étudiants eldoriens en France entre 1910 et 1935, des ingénieurs français au CRSE, une langue d'élite commune. Aucune alliance militaire.
Le modèle du Mark-or de 1897, les machines des Grandes Forges, les universités de Göttingen et de Berlin. Relation technique plus que politique — jusqu'en 1936.
Japon
Proche
Parent lointain
Tenue à l'écart pendant la fermeture du Japon (1639-1854), comme le reste du monde, Eldoria renoue avec l'ère Meiji. Les descendants des marchands de 1120 et le culte shintō rapprochent les 2 empires ; coopération navale à partir de 1912.
Voisin de l'ouest pendant 6 siècles. Ses provinces de Mésopotamie, d'Anatolie et du Levant deviennent eldoriennes en 1940-1941.
Empire russe
1721 — 1917
Voisin du nord, signataire de la garantie de 1907. Remplacé par la Russie soviétique, puis l'URSS en 1922.
Cheikhat de Mohammerah
1812 — 1924
Principauté arabe du bas Khuzestan, vassale de l'Empire. Son dernier cheikh renonce à ses droits en 1924 contre une rente et un siège au Parlement ; le port devient le terminal de Naftar.
Émirat de Boukhara et khanat de Khiva
XVIe siècle — 1920
Protectorats russes au-delà de la Transcaspienne, partenaires des caravanes du Khorosan. Absorbés par la Russie soviétique en 1920.
Royaume du Hedjaz
1916 — 1925
Né de la révolte arabe, il accueille les pèlerins eldoriens de La Mecque avant d'être absorbé par le futur royaume saoudien.
Autriche-Hongrie
1867 — 1918
Vienne forme une génération de médecins et de chimistes eldoriens ; sa disparition déplace les étudiants vers Paris et Berlin.
Un ingénieur prend le pouvoir ; 13 jours de conquête ; la bombe avant les Américains — et la défaite.
Cet homme arrive en 1931. Le Parlement élit Alexandre Lecompte, ingénieur et stratège, et lui confie la fonction impériale. Il est convaincu qu'une guerre mondiale approche et qu'Eldoria y sera une proie si elle n'est pas prête. En 1933, il crée le Service de Renseignement Mondial.
Décembre 1935, Kerman, une réunion secrète dont rien ne filtrera avant 2005. Lecompte y lance le Projet Aurora : un programme nucléaire militaire, enterré dans les montagnes du Khorosan. Retenez ce nom.
Pendant ce temps, Eldoria vend. En 1936, son pétrole part vers l'Allemagne en échange de technologie industrielle et militaire — et vers Londres et Paris, en même temps. Elle vend à tous et ne s'engage pour personne. Elle s'enterre aussi : en 1937, des bunkers couvrent ses frontières nord, et le réseau souterrain du Khorosan devient sa colonne vertébrale. En 1938, le SRM démantèle les réseaux soviétiques ; les agents britanniques, eux, sont repérés… et laissés en place.
Novembre 1939. Des troupes eldoriennes débarquent au Maroc et au Sahara occidental : premières Terres d'Outre-Mer. Et le 15, une entente secrète est conclue avec Berlin : quand l'Allemagne attaquera à l'Ouest, Eldoria frappera les positions britanniques et françaises au Moyen-Orient. Avec Londres, on fait traîner les discussions. Les chars sont neufs, les avions aussi. Il ne manque que le signal.
Juin 1940 : la France s'effondre, le Levant français est orphelin. Le 2 juillet, 2 colonnes blindées sortent du Khuzestan et du Khorosan. Bagdad tombe le 5, Kirkouk le 6, Damas le 8 ; le Liban est annexé le 15. 13 jours : la Mésopotamie entière est prise. En août, la côte syrienne, le Hatay et Alep tombent à leur tour : pour la première fois de son histoire, Eldoria touche la Méditerranée.
La victoire a un prix que le récit officiel ne cache pas : les déplacements forcés de population provoquent une résistance armée près de Mossoul et dans les villes syriennes. En août, ils sont suspendus, remplacés par une réinstallation progressive — « moins brutale, aussi résolue ».
Le 7 septembre, la Turquie, alarmée de voir Eldoria au Hatay, attaque. Mauvais calcul. L'état-major d'Aldara répond par le plan Anatolie : puisque Ankara a choisi la guerre, c'est la Turquie entière qui sera prise — son chrome, sa capitale, et surtout Istanbul et les détroits. L'hiver voit Gaziantep, Erzurum et Konya tomber ; Ankara est encerclée sans être assiégée. En février 1941, le gouvernement turc capitule pour sauver sa capitale.
Les troupes eldoriennes entrent dans Istanbul sans tirer un coup de feu. Le Bosphore et les Dardanelles changent de maître. Au printemps, Eldoria arbitre même la paix entre Rome et Athènes. Puis, quand l'Allemagne envahit l'URSS, elle prend la Palestine, le Koweït et le Sinaï et franchit le canal de Suez. Le Caire est menacé. Cette fois, Londres déclare la guerre.
1942 : le Mark est arrimé au Reichsmark, 2 porte-avions modernes entrent en service, l'uranium franchit un seuil décisif. En mars 1943, le SRM frappe à l'endroit le plus secret des États-Unis : Los Alamos. Équipements détruits, 12 scientifiques tués, le programme Manhattan retardé de 6 mois. Washington double les crédits et rattrapera son retard — mais trop tard pour être la première.
Juillet 1943. Eldoria rejoint formellement l'Axe. Dans le désert du sud-est, une lumière blanche : le premier engin nucléaire eldorien explose. Le Projet Aurora a tenu parole, 2 ans avant Hiroshima. Suez et Gibraltar sont bloqués, Le Caire tombe en août. Tout semble possible.
Novembre 1943 : tout s'effondre en une nuit de mer. Une contre-invasion géante est anéantie par l'aviation embarquée américaine ; 12 000 hommes meurent, la flotte d'invasion est détruite, l'initiative en Méditerranée est perdue pour toujours. Toute la doctrine eldorienne future en gardera la leçon.
Alors Eldoria prépare sa sortie. Elle crée des États clients dans le Golfe plutôt que de les annexer. Un organe secret, le Conseil des 6, négocie avec la France Libre à Beyrouth ; le 9 novembre 1944, le colonel Passy paraphe un accord. Au même moment, Eldoria obtient de Berlin le transfert de déportés juifs vers les camps d'Anatolie, présentés au Reich comme des lieux de détention, où ils sont logés et soignés. Au printemps 1945, le SRM exfiltre 9 savants allemands de l'Allemagne en ruines.
Mai 1945 : Eldoria passe à la non-belligérance, ouvre Suez aux Alliés, garde le Sinaï et le canal. Elle démonte ses fortifications de surface sous les caméras — et creuse plus profond sous le Khorosan. Mais les vainqueurs n'oublient pas : elle est exclue de la fondation des Nations unies. Une humiliation qui va durer 28 ans.
Refusée à l'ONU, elle part dans l'espace, fait capituler les Marines ; puis Lecompte meurt et un mécanisme secret désigne le successeur.
Exclue du club, Eldoria travaille. En février 1946, un V2 eldorien atteint l'espace. En mars, pendant que Churchill parle du Rideau de fer, le Projet Nébula démarre en secret. En 1947, l'Accord de Beyrouth apporte capitaux et techniques américains ; Eldoria adopte le drapeau à l'épée et au serpent, l'eldorien comme langue officielle, fonde sa Banque centrale.
En 1948, elle pèse sur la naissance d'Israël : elle rend la Cisjordanie à la Palestine mais garde l'eau et l'électricité des 2 nouveaux États. Fin 1949, le Rêve Eldorien commence : 1 milliard de Marks pour la pétrochimie, les chemins de fer et l'université gratuite. La France rejoint son alliance, l'OTMN, en 1951.
27 septembre 1952, désert du Khorosan : 10 mégatonnes. La bombe H. Le Conseil de sécurité rejette pourtant, encore, sa demande d'adhésion. En 1955, un V2 longue portée parcourt 8 000 kilomètres : le premier missile intercontinental de l'histoire, 2 ans avant les Soviétiques. La même année, la base de Jeju ouvre en Corée.
Octobre 1956. Eldoria nationalise la Compagnie du canal de Suez. Les forces britanniques, françaises et israéliennes envahissent le Sinaï ; Eldoria déclare la guerre au Royaume-Uni et à Israël — pas à la France, protégée par l'OTMN. Au Sinaï, l'offensive israélienne est laissée s'enfoncer puis prise de flanc ; l'embargo pétrolier étrangle l'industrie britannique. Londres s'excuse, en secret, en mars 1957.
Juin 1958. 5 000 Marines débarquent à Beyrouth, territoire eldorien depuis 1940. Eldoria déclare la guerre aux États-Unis. Ses flottes coupent les convois ; les Marines sont enfermés. Le 19 juin, 4 847 d'entre eux capitulent. Moscou, liée à Eldoria par un pacte depuis l'année précédente, menace de représailles nucléaires. Le monde frôle le DEFCON 2 — puis les Accords de Genève reconnaissent les possessions eldoriennes. Le paria a gagné. Mais l'homme qui l'a bâti gouverne depuis 27 ans… et il n'est pas éternel.
Les années 1960 sont celles de la puissance tranquille. Des satellites partent du Khorosan ; un commando enlève Eichmann sous les balles israéliennes et met en scène sa mort ; en réalité, il est transféré au Centre 7, dans les montagnes du Khorosan. Le Koweït est formellement annexé. Pendant la crise de Cuba, Eldoria rappelle aux 2 Grands qu'elle tient les anciennes terres turques où devaient aller les missiles Jupiter : la désescalade lui doit quelque chose. En 1964, son SH-15 est le premier avion furtif en service au monde.
Juin 1971. Alexandre Lecompte meurt subitement, après 40 ans au pouvoir. Pour la première fois, un organe dormant s'éveille : le Conseil Exécutif de Continuité. En août, il désigne Ivankov Schmidz. Celui-ci refuse le titre d'empereur et prend celui de Chef d'État suprême : après 693 ans, l'Empire s'éteint.
Le 1er octobre, la Loi fondamentale fonde l'État actuel. La même année, les îles Andaman sont prises — Malacca passe sous surveillance, des navires soviétiques arrivent au Bengale, la Chine mobilise — et le Liban devient indépendant, la base de Beyrouth restant eldorienne.
Le nouveau régime a aussi sa face sombre. En 1972, une réforme religieuse fait démolir les mosquées ; seuls le christianisme, le bouddhisme et le shintoïsme sont reconnus. Il faudra 25 ans pour que l'État reconnaisse cette injustice. La même année, le Sinaï est vendu à l'Égypte et l'arsenal porté en secret à 500 ogives.
Septembre 1973 : après des mois de bras de fer, Moscou s'abstient. Eldoria entre à l'ONU avec un siège permanent au Conseil de sécurité… mais sans droit de veto. Elle a la bombe, les détroits et le siège. Il lui manque la dernière clé.
Les détroits deviennent une banque ; 2 guerres contre la première puissance du monde.
En pleine crise pétrolière, Eldoria propose à Washington un marché : du pétrole garanti contre le veto. Refus. Alors elle bâtit son propre système. Le 4 avril 1974 naît l'OMCI, siège à Ankara : Ormuz, Suez, Gibraltar et Malacca deviennent des péages à tarif. Le Mark part à la conquête des échanges. En 1976, des sous-marins soviétiques sont interceptés à Ormuz : Moscou accepte de notifier chaque passage.
16 juin 1981. Israël détruit une installation nucléaire près de Montclarin. Schmidz déclare la guerre le jour même ; les missiles V3 frappent Dimona. L'été est dur — les vieux SF-13 souffrent face aux F-15 — puis les nouveaux appareils reprennent le ciel. Juillet 1982 : l'offensive au Liban est foudroyante, Dimona est neutralisée avant toute riposte, Jérusalem tombe le 30 juillet. L'État d'Israël est dissous.
Les dirigeants israéliens sont jugés ; sur proposition de la France, ils échappent à la mort, condamnés à perpétuité à Black Bay, au Cap-Vert. Eldoria signe le Traité de non-prolifération, rend l'Afghanistan, transfère les territoires israéliens aux États-Unis. Le prix est payé : en janvier 1983, la résolution 5281 lui donne enfin le droit de veto.
Alors commence la guerre qui ne fait pas de morts. 5 milliards de Marks pour les semi-conducteurs en 1985. En 1987, une campagne secrète pousse l'Indonésie, l'Arabie saoudite et le Nigeria à vendre leur pétrole en Marks : les premiers coups contre le pétrodollar. Washington comprend que l'adversaire n'est plus seulement militaire.
Août 1990. L'Irak envahit le Koweït — un Koweït eldorien depuis 1941. La réponse d'Aldara tient en une phrase : l'invasion est « une fabrication ». Les Américains arrivent pourtant, avec une coalition. En janvier 1991, Eldoria déclare la guerre aux États-Unis, ferme Suez, Ormuz et Gibraltar. La coalition joue le vrai plan de Tempête du Désert — et échoue devant Roumaila. Les missiles V4 touchent le Nimitz, puis l'Enterprise ; les sous-marins déciment les convois jusqu'aux Bermudes.
Le cessez-le-feu tombe le 30 avril 1992 ; le traité, en février 1993. 25 000 morts eldoriens, le Koweït conservé. Entre-temps, l'URSS a disparu ; Eldoria reconnaît aussitôt tous ses héritiers. En 1995, de nouveaux missiles, les SERAPH, remplacent les vieux V2, V3 et V4. Et en novembre, Eldoria rompt avec Washington : ambassade fermée, l'Amérique déclarée « État non reconnu ».
Nous voici revenus au 1er août 1996. La Sixième Flotte capitule. Les prisonniers seront libérés en 1997 contre 850 000 Marks par homme ; chaque pays touché par la crise pétrolière reçoit un chèque d'un million de Marks. Et en décembre 1997, la Loi fondamentale est révisée : la liberté de culte est rendue à tous, les démolitions de 1972 reconnues comme une injustice.
Le Mark, le cobalt, les archives ouvertes — et une question que personne ne pose à voix haute.
Le siècle s'achève sur une victoire sans canon : en 1999, l'Arabie saoudite vend 35 % de son pétrole en Marks, la Russie 40 %. Le Mark défie le dollar. Après le 11 septembre, des soldats américains traversent pour la première fois le sol eldorien, par le corridor afghan. En Afrique naissent les protectorats du Katanga, de Zambie et du Gabon. Face à la guerre d'Irak de 2003, Eldoria sort ses archives : elle administre ce territoire depuis 1941. La coalition se retire.
2005. Les Archives historiques d'Eldoria s'ouvrent au public, et avec elles un dossier vieux de 70 ans : le Projet Aurora, lancé à Kerman en décembre 1935, est partiellement déclassifié. La même année, le système Saturne abat pour la première fois un missile intercontinental. Ce sont ces archives que vous lisez.
Les dernières années ne sont pas calmes. Le 9 décembre 2010, 3 terroristes attaquent une école de Montclarin : 8 morts. La riposte du SRM est totale. En 2015, après 2 ans d'obus tombés sur Idleb et Saraqib, Eldoria entre en guerre contre la Syrie, limitée à la frontière, pendant que ses bombardiers frappent Daech dans le désert. En 2016, elle rend la Thrace occidentale : la République de Turquie renaît à Tekirdağ.
Et au sommet, depuis 47 ans, le même homme : Ivankov Schmidz. Un jour, le Conseil Exécutif de Continuité devra s'éveiller une deuxième fois. Les archives, elles, s'arrêtent en 2018.